Herman Diephuis

Objet non-identifié du voyage
 
En décembre 2010, sur invitation de Seydou Boro et Salia Sanou, j’ai animé un stage de deux semaines au Centre de Développement Chorégraphique «la Termitière» à Ouagadougou, adressé aux danseurs en formation au CDC et venant d’ailleurs en Afrique. J’ai pu voir que malgré une situation géopolitique et économique difficile, il existe chez ces jeunes artistes une énergie, une ouverture d’esprit et une intelligence créatives qui m’ont touché et donné envie de partager une expérience artistique avec eux.

Je veux poursuivre cette rencontre en initiant une création, intitulée Objet non identifié du voyage avec trois jeunes danseurs burkinabés, deux hommes et une femme, Ousseni Dabare, Romual Kabore et Salamata Kobre présents lors du stage en décembre dernier. La pièce se construira à partir d’une action concrète qui consiste en une course qui s’achève par un impact du corps contre le mur en fond de scène (élément de décor). Le mur aura une fonction de limitation spatiale pour les danseurs, mais également une dimension symbolique. La pièce parlera de la relation de chacun des danseurs à ce mur barrage, frontière qu’ils tentent de traverser et devant lequel ils essaient d’exister. Je voudrais être au plus près de ce que sont ces trois danseurs à la fois dans leur façon de danser, de s’exprimer scéniquement, mais aussi en étant à l’écoute de l’histoire et de la réalité de chacun d’eux.

En lien avec ce projet je souhaite mener une réflexion en invitant des historiens de l’art, de la danse, des artistes afin d‘initier un groupe de paroles avec le soutien des structures de diffusion partenaires du projet et ce afin de créer des passerelles et d’analyser les corrélations historiques et contemporaines entre l’art africain et l’art occidental, la danse africaine et la danse occidentale.

Herman Diephuis

Biographie


Herman Diephuis est né en 1962 à Amsterdam. Il a travaillé comme interprète pendant plusieurs années avec de nombreux chorégraphes : Régine Chopinot, Mathilde Monnier, Jean-François Duroure, Philippe Decouflé, François Verret, Jérôme Bel, Xavier Le Roy et Alain Buffard. En 2002, il chorégraphie La C et la F de la F dans le cadre du projet Les Fables à la Fontaine. Il crée sa compagnie en 2004 afin de mettre en œuvre ses propres créations et projets : D’après J.-C. (duo-2004), Dalila et Samson, par exemple (duo-2005), Julie, entre autres (sextuor-2007), Paul est mort? (trio-2008) et Ciao bella (quinttet-2009). En parallèle, il développe des projets de création avec des amateurs et des propositions spécifiques pour des musées.

Dans  mon travail, je m’inspire d’images qui font partie de notre patrimoine culturel et de notre imaginaire collectif. Ce qui m’intéresse est la façon dont le corps y est représenté, la présence, les gestes et les postures et comment à travers la construction de l’image corporelle se lisent les préoccupations de l’homme face à sa condition. La peinture ancienne, et plus précisément de la Renaissance et Baroque, ont été une source d’inspiration lors de la création de D’après J.-C.Dalila et Samson, par exemple mais aussi en partie de Ciao Bella. Par exemple, dans D’après J.-C., les postures des corps du Christ et de la Vierge des tableaux de la Renaissance sont incarnées par les danseurs qui s’approprient les gestes et les expressions codifiées de la peinture, les enchaînent comme dans un flip book et mettent en mouvement l’immobilité des poses. Ainsi, le regard du spectateur se décale de l’histoire de la bible et cela laisse place à une lecture humanisée ; la relation entre une mère et son fils, de la naissance à la mort.

Dans Julie, entre autresPaul est mort ?  et Ciao Bella je m’inspire de la culture populaire et mélange différents supports visuels et musicaux, comme le cinéma, la musique pop, la photo… Ce que je cherche est une confrontation entre le vécu du spectateur devant ces images et mon regard. Je voudrais questionner l’évidence des stéréotypes et jouer avec les codes de lecture. L’interprète occupe une place importante dans mes projets. Il entreprend un travail solitaire avec le matériel visuel, il l’absorbe et le digère jusqu’à l’incarner. Nous travaillons le détail et la précision, pour se fondre avec la référence et dépasser l’imitation, sans perdre la liberté d’interprétation.

Tout ce travail en lien direct avec les images me donne envie dans mon prochain projet d’inverser le processus de création, c’est à dire d’explorer un état physique et émotionnel fort et à partir de là trouver les éventuelles références qui pourraient s’y associer. L’élément récurrent dans mon travail restera le jeu des oppositions : l’humour et le sérieux, le sacré et le démystifié, la certitude et le doute, la retenue et la démesure, la tension et l’abandon, le mouvement et la suspension et donner à voir toutes ces notions dans l’incarnation. Il y a ce que l’on voit et ce que l’on peut imaginer.

Répétitions : initialement prévues au Phare du 30 janvier au 10 février 2012, les répétitions se sont déroulées à Ouagadougou suite à des problèmes d’autorisation de sortie du territoire pour les danseurs burkinabé

Conception, chorégraphie : Herman Diephuis
Avec : Ousseni Dabare, Romual Kabore et Salamata Kobre
Bande son : Olivier Renouf
Régie son : Emmanuel Hospital
Création lumière et régie générale : Sam Mary
Costumes : Alexandra Bertaut

Production : Compagnie Herman Diephuis
Coproduction : Théâtre Louis Aragon, scène conventionnée pour la danse, Tremblay-en-France ; Conseil général de la Seine-Saint-Denis «dispositif In Situ» ; Le Phare, CCN du Havre Haute–Normandie dans le cadre d’un accueil studio ; CCN de Montpellier dans le cadre d’un accueil studio. La compagnie est subventionnée au titre de l’aide aux compagnies chorégraphiques par la DRAC Ile de France.

Image du spectacle