Katell Hartereau et Léonard Rainis

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Création 2021

 
Depuis l’enfance, je me sens structurellement doté d’une nature contradictoire.

Depuis la création du pôle en 2007, l’humain est au centre des projets. Le corps en mouvement y tient toute sa place, brassant des thématiques souvent récurrentes : individu et groupe, intimité, pulsions, désirs et faiblesses. Ce sont là des thèmes toujours présents mais prenant des formes différentes selon la nature des projets. Comme si nous disions une seule et même chose mais chaque fois de manières différentes. Dans chacun de ces projets, la notion de contradiction fait partie de l’écriture chorégraphique et devient en quelque sorte, une signature.

Eté 2019, dans ma voiture, c’est en ré-écoutant l’album concept «The Wall» des Pink Floyd que cette notion d’opposition m’apparaît fortement. J’ai l’impression lors de mon écoute de vivre une grande traversée musicale et en même temps d’être haché et perturbé en permanence. Je ne comprends pas encore complètement les paroles, mais je peux en ressentir leurs forces. Une fois celles-ci traduites, un nouveau déclic se produit : tenter d’exprimer à travers un corps et un projet chorégraphique la contradiction humaine. Pour ce solo, nous utiliserons le premier disque du double album des Floyd.

Les idées s’enchaînent et se superposent: il nous semble évident d’utiliser la partition musicale de l’oeuvre dans son entièreté, sans en changer un silence. Comprendre les paroles nous semble aussi essentiel en intégrant à la scénographie un panneau de traduction. Le spectateur pourrait alors faire ses propres choix. Le danseur est accompagné au plateau avec un enfant, accoutré de la même manière. Leurs visages font penser à des boules à facettes, cachés par une cagoule scintillante. Un petit corps, un grand corps. Ils cohabitent dans cet espace. Cela n’est pas un duo dansé, il n’y a pas de contact, juste des liens invisibles entre eux. L’enfant est en état de présence, révélant les contradictions de l’adulte, une mise en abîme de l’être humain. Le corps de l’adulte est pulsionnel. La chorégraphie, sans narration, ne se préoccupe pas de la musique, elle poursuit son chemin, en constante transformation dans son couloir mental, à la fois douce, mélodieuse, puissante et écorchée. Les formes, les sons et les couleurs vives pourraient pour certains représenter un concert de rock, pour d’autres un tombant marin abyssal, une métamorphose éternelle ou encore le lever d’un soleil. Les lectures possibles dans cet univers abstrait sont multiples.
Je souhaite créer une forme sobre, révélant la spontanéité et la grâce naturelle des interprètes. Être à la recherche d’une matière minimaliste. Là où il reste peu de place – peu de strass, face aux faux semblants des individus. L’anonymat des personnages garanti une projection où chacun pourrait être celui-là ou celle-là, dans ce corps-là.

Écho de notre société contemporaine, bien que ce ne soit pas tant l’aspect sociétal, économique ou politique qui m’intéresse ici, c’est bien ce que la contradiction nous meut dans nous même, dans notre for intérieur. Dire autrement nos conflits internes, intimes. Ceux qui nous questionnent sur nos choix.

Comment peut-on vivre bien et durablement au sein de ses propres contradictions?
Léonard Rainis

Biographies


Formée à la Folkwanghochschule (direction artistique Pina Bausch), Katell Hartereau mène une carrière d’interprète en Suède et Allemagne (compagnie NorrDans : Rui Horta, Tedd Stoffer, Stefen Petronio, Uri Ivgi, Jeanne Yasko, Roberto Zappala). Très vite, elle s’aperçoit que son engagement dans la danse se situe au-delà de la pure interprétation. C’est en Allemagne qu’elle mènera ses premières expériences en tant que porteuse et accompagnatrice de projets. Aujourd’hui, elle met sa créativité et ses compétences au service du pôle en collaborant artistiquement et en créant une synergie autour du chorégraphe Léonard Rainis.

Formé à l’école Nationale de danse de L’Opéra de Paris, et après avoir travaillé aux Ballets de Monte-Carlo puis à l’Opéra National du Rhin (W.Forsythe, Lucinda Child, G.Balanchines, Bertrand D’At, J.C.Maillot, Jo Stromgren, J.Neumeier, José Limon, Uwe Scholz,Davide Bombant, Hans Van Manen, M.Béjart…) Léonard Rainis devient artiste indépendant et travaille en Europe avec des chorégraphes contemporains : Marco Santi, Rui Horta, Hans Neuenfels, Felix Ruckert, Mikael D’Auzon, Vidal Bini, Toufik OI, Davy Brun, Suzanne Frey, Gabirella Riccio, Laura Frigato, Morgan Bellanger. Ce travail de création en freelance l’oriente vers un désir de vivre d’autres expériences et l’incite à créer son propre langage chorégraphique. Il crée à Lorient avec Katell Hartereau, en 2009, le pôle, projets autour de la danse, du corps et du mouvement, et de l’art contemporain d’une manière plus générale.

conception — Katell Hartereau et Léonard Rainis
interprétation — Joachim Maudet et Margaux Visset
création lumière — Alexis Poillot
création vidéo — David Salaün
musique — Pink Floyd

production — le pôle
coproductions — Le Phare, CCN du Havre Normandie ; Le Triangle – cité de la danse à Rennes ; Le Mac Orlan à Brest
accueil en résidence — La Balise – Lorient ; centre chorégraphique national de Caen en Normandie ; Théâtre du Marché aux Grains – Bouxwiller
aide à la résidence — Danse à tous les Étages dans le cadre du réseau Tremplin
le pôle est soutenu par l’État — Préfet de la région Bretagne — DRAC Bretagne au titre de l’aide à la structuration, le Conseil Régional de Bretagne, le Département du Morbihan, la Ville de Lorient.


Création le 1er février 2021 au Phare / festival Pharenheit
Répétitions
au CCN de Caen en octobre 2020

 

Image du spectacle