Biographie

Emmanuelle Vo-Dinh
Chorégraphe et directrice du Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie

Formée à la danse classique et initiée à l’héritage américain, Emmanuelle Vo-Dinh enrichit son apprentissage à la Merce Cunningham School à New York. De retour en France, elle est interprète de François Raffinot de 1991 à 1996. En 1997, elle fonde la compagnie Sui Generis. La singularité de son écriture est rapidement remarquée. En 1999, elle est lauréate d’une bourse Villa Médicis Hors les murs pour ses recherches liées à la création Texture/Composite, pour laquelle elle reçoit le Prix d’Auteur aux Rencontres chorégraphiques internationales de Bagnolet en 2000 et qui sera présentée à Danspace Project à New York en 2002. Les créations de la chorégraphe sont régulièrement accueillies en France et à l’étranger. En janvier 2012, Emmanuelle Vo-Dinh prend la direction du Phare, Centre chorégraphique national du Havre Haute-Normandie, avec un projet artistique ouvert à la pluralité des écritures chorégraphiques.

L’œuvre chorégraphique d’Emmanuelle Vo-Dinh est composite et s’est façonnée au fil des créations. Si, dans un premier temps, la chorégraphe est attachée à l’écriture de la danse, sa méthodologie a progressivement évolué vers la conception de processus ouverts offrant une place conséquente à l’improvisation en studio. Entourée de fidèles collaborateurs, Emmanuelle Vo-Dinh travaille avec ses interprètes sur le long terme. Plusieurs créations ancrent des relations étroites avec des recherches scientifiques ou anthropologiques sur l’être humain, la relation amoureuse, l’absence ou encore l’absence d’émotion ou la schizophrénie. Le monde de l’art lui suggère aussi des appuis de travail : entre figuration et abstraction depuis les arts visuels, mais aussi les relations à la musique lorsque le corps dansant se confronte aux partitions de Beethoven, de Dusapin, de Zeena Parkins ou de Gérard Grisey par exemple. Si les structures chorégraphiques font souvent appel au minimalisme, allant jusqu’à la répétition et la déclinaison d’un seul et même motif (Sprint), Emmanuelle Vo-Dinh s’intéresse avant tout au temps, à sa perception et à sa relation à la mémoire et au souvenir. Longtemps absente, la narration parcellaire fait son apparition dans les dernières créations (-insight-, Tombouctou déjà-vu) : une nouvelle approche du corps, de sa relation à l’autre, du temps et du point de vue.

Emmanuelle Vo-Dinh répond aussi volontiers à des invitations : création pour danseurs amateurs avec Rainbow en collaboration avec David Monceau, collaboration avec l’écrivain Jérôme Mauche pour Concordanse… A partir de 2011, avec Histoires Exquises, elle invite des chorégraphes à créer un solo à partir d’un témoignage oral, point de départ pour partager avec le public la question des processus de création. Cette volonté de partage et une curiosité pour toutes les approches de la danse vont animer son projet pour le CCN du Havre. Depuis 2012, Emmanuelle Vo-Dinh œuvre à ce que Le Phare soit une plateforme pluri-chorégraphique aussi bien dans ses temps forts comme le festival Pharenheit que tout au long de l’année : un CCN vivant qui expose la vitalité de la danse. Depuis juillet 2013, elle préside l’Association des Centres chorégraphiques nationaux, mise en réseau des 19 CCN du territoire. Emmanuelle Vo-Dinh a été nommée Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en juillet 2014.